Pauline GIAT-FERMÉ     
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Présentation

Pauline Giat-Fermé...

 

Le soldat italien et l’officier allemand

Pendant l’occupation, l’armée allemande avait réquisitionné la grande propriété des voisins : le « château ». Un incident amena Pauline à prendre un jour contact avec l’ennemi.

Un matin qu’elle descendait l’allée bordée de cyprès qui menait de la maison à la grille d’entrée du jardin, Pauline aperçut un soldat italien qui faisait paître son mouton au pied des orangers. Sans se démonter, elle s’avance vers le berger en uniforme pour le forcer, non pas à quitter les lieux mais plutôt à obtenir, humblement, la permission de rester. Mais le soldat ne l’entend pas de cette oreille. « Madame, affirme-t-il, vous avez perdu la guerre et je réquisitionne ce pré! » « Puisque c’est comme ça, répond Pauline outrée, j’irai me plaindre à vos supérieurs. »

L’incident en resta là. Pauline remonta à la villa, et le soldat, après quelques minutes d’occupation supplémentaires préféra s’eclipser. La détermination de cette vieille dame toute petite l’avait mis trop mal à l’aise pour qu’il restât sereinement à contempler les agapes de son mouton. Après le déjeuner, Pauline se dit quand-même qu’elle ne peut laisser le crime impuni, sous peine de voir son jardin constamment envahi par des intrus. Elle met sa toilette de sortie et se rend au château en faisant bien sûr le tour par la rue.

Son âge, sa condition de dame et sa noblesse naturelle lui valent d’être aussitôt reçue par l’officier allemand qui commande la petite garnison. Celui-ci s’exprime dans un français impeccable et se montre très courtois.
« Ne vous inquiétez pas, chère Madame, un tel incident ne se reproduira plus. »
Pauline est prête à prendre congé, satisfaite du dénouement, mais voilà que l’officier allemand, qui la reconduit poliment jusqu’à la grille donnant sur la rue, à une bonne centaine de mètres de là, lui montre du doigt un groupe de soldats italiens en train de bêcher une plate-bande. À l’approche de l’officier du Reich, les ouvriers redoublent soudain d’efforts et piochent de plus belle dans la terre stérile.
« Le soldat qui vous a manqué de respect est certainement parmi eux, madame, fait observer l’officier, veuillez m’indiquer le coupable et il sera puni. »

Voyez comme l’état-major allemand est efficace : Pauline, malheureusement, reconnait tout de suite l’insolent berger, mais elle n’a pas le cœur à le dénoncer. Elle se rend bien compte qu’elle n’a jamais voulu aller aussi loin.
« Non, regrette-t-elle, je ne le vois pas. »
C’est alors que l’infortuné, à la fois heureux de revoir une personne connue, et intimidé par la tournure des évènements, ôte sa casquette pour saluer Pauline. Le geste n’échappe pas à l’officier allemand. Pendant qu’il baise la main de la vieille dame pour prendre congé, ses hommes, sans qu’ils aient besoin de recevoir un ordre formel, se saisissent du pauvre soldat italien. Après tout, il ne l’avait pas volé. Passe encore pour son impolitesse, mais pas pour sa bêtise.

 

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